« Fascinant, n’est-ce pas ? »

« Fascinant, n’est-ce pas ? »


« Fascinant n’est-ce pas ?

« Lorsque j’ai commencé à m’intéresser à l’étude du geste, je me suis passionnée pour la communication non-verbale. L’idée que nos mains, nos pieds, nos expressions faciales communiquent malgré nous, et au-delà de nos propos, m’intriguait profondément. Je me demandais dans quelle mesure cette gestualité ordinaire pouvait se superposer à la parole, voire même s’étudier avec les règles de la linguistique.

Et puis j’ai découvert l’analyse kinésique de Ray Birdwhistell, qui a passé une bonne partie de sa vie à tenter de construire une linguistique basée sur les mouvements, ce qui fut, de son propre avis, un échec. Cette découverte a été suffisamment déconcertante pour que j’abandonne toute prétention à poursuivre mes recherches dans cette direction.

Heureusement pour nous, il existe des personnes plus résilientes que moi, pour qui la fascination pour le langage verbal et non-verbal est intacte. C’est le cas d’Olga Cygne, personnage créé et interprété par Sarah Nouveau, notre conférencière pour les cinquante-cinq prochaines minutes. Vêtue d’une veste de costume grise et munie d’un attaché-case, elle entre en scène d’un pas décidé, voire appuyé, pour rejoindre un petit bureau encombré de papiers. Renversant la moitié des feuilles volantes à son arrivée, la danseuse commence son explication éducative et incarnée. Saviez-vous que les abeilles communiquent entre elles par un système de vol en huit, qui indique la distance et la direction du nectar à butiner ? Mimant de tout son corps la danse des abeilles, allant jusqu’à essayer de s’envoler, elle poursuit ainsi ses explications enjouées sur la communication animale.

Le spectacle entier est à l’image de cette entrée en matière. Sarah Nouveau partage avec nous des informations à la fois précises et surprenantes qu’elle appuie et complète par ses gestes, surjoués et cocasses. Elle est secondée par un.e assistant.e imaginaire, incarné.e par une vidéo-projection qui la bienveillance de nous donner quelques définitions écrites, en se moquant par moment de l’interprète. Durant cette conférence gesticulée, Sarah Nouveau évoque entre autres l’ambiguïté des gestes des chimpanzés, l’éthologie, les phonèmes signifiants ou encore l’écriture cunéiforme en ponctuant ses tirades du désormais culte «fascinant n’est-ce pas ? »

La pièce est une démonstration de l’omniprésence du langage, qu’il soit verbal ou non-verbal. Notre conférencière nous fait d’ailleurs remarquer que « tout ce que l’on peut raconter sur lui c’est en sa présence ». Je retrouve même mes questionnements kinésiques lorsqu’elle avance l’idée que le langage des signes pré-existerait au langage verbal. Elle nous rappelle également la capacité de la parole à faire exister des choses qui n’existent pas (car, il faut lever le voile, les licornes n’existent pas). Sans jamais cesser de gesticuler. Fascinant n’est-ce pas ?

Mais finalement, d’où vient le langage ? Comment se construit-il ? Comment les écritures fixent-elles le mouvement et la parole ? Les informations fusent aussi vite qu’Olga Cygne se déplace sur scène. « C’est à dire » est à la fois une leçon d’histoire, une expérimentation burlesque et une série de questions posées aux spectateur.ice.s, dans laquelle la danse est un outil éducatif et drôle. L’enthousiasme d’Olga Cygne / Sarah Nouveau est communicatif, les spectateurs.ice.s applaudissent sincèrement, le sourire aux lèvres. Et moi, je ressors de la salle en me disant qu’il serait peut-être temps de rouvrir le chapitre du langage. »

Article de presse Journal « les Démêlées », printemps-été 2019, écrit par Karen Fioravanti

C’est à dire

Conception et interprétation : Sarah Nouveau
Création vidéo et lumière : Marie Jo Dupré
Création sonore : Samuel Allain
Regard théâtral : Stéphane Titelein
Regard chorégraphique : Pascaline Verrier

Création le 3 avril 2019
Théâtre de l’Oiseau-Mouche à Roubaix
Spectacle présenté au Théâtre de la Verrière à Lille, au CMAD de Dunkerque, à Carvin-Festival « On vous emmène… »

Share Post :